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« La défense, ce n’est pas quatre joueurs. C’est toute une équipe. »

Passé par des moments de doute, freiné par les blessures, repositionné en défense presque par hasard, François Lajugie incarne un parcours atypique fait de résilience et de travail. Du premier match en Ligue 2 à son 100e, jusqu’à son doublé à Laval, le défenseur annécien revient avec sincérité sur son évolution, ses remises en question et son attachement au collectif.

Publié le
26 févr. 2026
LIGUE 2 BKT

Comment as-tu fait tes premiers pas dans le football ? F.L : Je me suis dirigé vers le football très tôt, vers 4 ou 5 ans. Mon père nous a inscrits, mon petit frère et moi, au club de Brive, et depuis, je n’ai jamais arrêté.

Comment étais-tu à l’école ? Quel type d’élève étais-tu ? F.L : Je n’étais pas l’élève le plus actif en classe, mais j’avais de bonnes notes. J’ai obtenu mon bac ES, puis j’ai fait une année de faculté en économie-gestion. J’ai ensuite arrêté parce que cela devenait compliqué à gérer avec le football.

Comment décrirais-tu ta personnalité en dehors du terrain ? Quelles sont tes passions en dehors du football ? F.L : Je passe beaucoup de temps avec ma famille, ma femme et mes amis. Je regarde pas mal de sport, je suis passionné par ça, que ce soit le football, le basket ou d’autres disciplines. Je joue aussi un peu à la PlayStation, mais je regarde surtout du sport.

Peux-tu nous parler de ton parcours avant d’arriver à Annecy ? F.L : J’ai intégré le Pôle Espoir de Châteauroux à 14 ans, après avoir commencé à Brive. Ensuite, j’ai rejoint le centre de formation de Nantes avant de partir deux ans à Orléans, où j’ai disputé mon premier match en Ligue 2. Par la suite, j’ai joué au CA Bastia, puis je me suis rapproché de chez moi en signant à Limoges en National 2. Je suis ensuite reparti en Corse pour quatre ans à Borgo. Enfin, en 2022, j’ai rejoint Annecy.

John Goncalves t’a qualifié de “gendre idéal”, quelqu’un de gentil, avec uniquement des côtés positifs, et d’un joueur fiable. Que t’inspire cette description ? F.L : Ça me touche et ça me fait vraiment plaisir, surtout venant d’un gars comme John. En arrivant ici, c’est le genre de personne que tu prends en exemple, autant pour son parcours que pour sa personnalité. Il m’a tout de suite mis à l’aise et il a aussi beaucoup aidé les nouveaux à l’époque. Je ne l’oublierai pas. C’est toujours un plaisir de le voir aujourd’hui ou d’échanger avec lui.

Avais-tu des idoles ou des joueurs qui t’inspiraient lorsque tu étais plus jeune ? F.L : Zidane ! J’étais fan de lui, et aussi du Real Madrid. Petit, j’évoluais au milieu de terrain et parfois en attaque, donc forcément, c’était une évidence pour moi.

As-tu toujours voulu devenir professionnel ? F.L : J’ai toujours voulu l’être, mais je n’en ai jamais fait une obsession, même si c’est toujours resté dans un coin de ma tête. En quittant le FC Nantes, je suis retourné chez moi à 17 ans et j’ai vécu une année plus “normale”, avec un parcours scolaire classique au lycée, tout en jouant pour le club de ma ville. Franchement, je ne me suis jamais dit “c’est ça ou rien”. Je n’avais pas vraiment d’autre plan en tête, mais je n’étais pas dans l’excès non plus.

À quel moment as-tu commencé à croire à une vraie carrière professionnelle ? F.L : À Orléans. Comme je l’ai dit, après avoir quitté Nantes, je suis rentré chez moi et j’ai même arrêté le foot pendant un moment avant de reprendre en Seniors R1. Grâce à Martial Desbordes, recruteur du FC Nantes, j’ai pu intégrer le projet U19 National à Orléans. Finalement, j’ai rapidement intégré le groupe professionnel jusqu’à faire ma première entrée en match. Dès que j’ai commencé à m’entraîner avec les pros, je me suis dit qu’il y avait vraiment quelque chose à faire.

Comment s’est passée cette année de transition après Nantes, le retour chez toi ? F.L : Franchement, je l’ai bien vécue. J’étais chez moi, avec mes potes, et j’ai retrouvé une vie d’adolescent “normal”, puisque je n’étais plus en centre de formation. Un centre, c’est très encadré, alors qu’au lycée, on était plus libres, entre nous. Le soir, j’étais avec mes parents et mon frère, je pouvais sortir le week-end et je jouais en R1. Je pense que j’en avais besoin. Ça m’a fait du bien et ça m’a permis de rebondir par la suite. J’ai pu m’aérer l’esprit et retrouver de la joie sur le terrain. Je suis un joueur qui a besoin de ça, je joue beaucoup à l’instinct et je dois me sentir heureux pour être performant.

Du coup, tu as signé ton premier contrat professionnel à l’été 2022 ici, à Annecy. Ça représentait quoi pour toi à ce moment-là ? F.L : C’est arrivé à un moment où je n’y croyais plus vraiment. Je venais de faire quatre saisons en National et je m’étais mis en tête que c’était déjà très bien, et que peut-être je jouerais à ce niveau toute ma carrière. J’avais 26 ans, donc forcément, j’y croyais un peu moins. Quand j’ai reçu l’appel du coach, ça a été une vraie surprise. J’étais vraiment très heureux et fier de signer. C’était un premier aboutissement dans mon parcours. Ça correspondait aussi à la philosophie du club : faire confiance à des joueurs au parcours un peu atypique. Je suis arrivé en même temps que Clément Billemaz, par exemple, et on venait tous d’un, voire deux niveaux en dessous.

Tu as été formé comme milieu/attaquant. Aujourd’hui tu es défenseur, polyvalent, capable d’évoluer dans l’axe comme sur le côté. Parle-nous de ton poste et de l’endroit où tu te sens le plus à l’aise. F.L : Ça fait maintenant quatre ans que je joue en défense. J’ai une petite préférence pour l’axe, mais ça ne me dérange pas d’évoluer sur le côté. Tant que je prends du plaisir, c’est le principal. Que ce soit dans une défense à trois ou à quatre, je préfère jouer en défense centrale. À Nantes, j’avais signé comme attaquant, puis je suis redescendu au milieu de terrain, où j’ai évolué jusqu’à mon arrivée au FCA. À Borgo, on a eu pas mal de blessés et j’ai dû dépanner trois ou quatre matchs en défense. C’est à ce moment-là que le coach m’a repéré à ce poste.

 
 
 
 
 
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La saison dernière, tu as été freiné par des blessures (16 matchs disputés). Cette année, tu as déjà dépassé ce total et tu t’es imposé comme un titulaire avec 15 titularisations sur 18 possibles. Comment expliques-tu cette progression ? F.L : L’année dernière a été très frustrante pour moi. C’était la première fois de ma carrière que je connaissais des blessures musculaires. Rechuter deux fois, ça a été très dur mentalement. J’étais presque en burn-out, c’est pour ça que je suis parti à Capbreton pour changer d’air. Ça m’a fait énormément de bien. Là-bas, j’ai travaillé différemment, notamment sur le renforcement musculaire et la prévention. En revenant cette saison, tout se passait bien jusqu’à cette petite blessure en début d’exercice, qui m’a tenu éloigné des terrains pendant un mois et demi. Depuis mon retour, ça va beaucoup mieux. Ce que je voulais avant tout, c’était pouvoir enchaîner sans douleur, retrouver de bonnes sensations et revenir à mon niveau physique d’avant blessure. Ça fait vraiment du bien. Après, “indiscutable”, je ne sais pas. Ici, tous les défenseurs sont capables de jouer et chacun peut avoir sa période.

Malgré les départs de l’été dans le secteur défensif, vous êtes aujourd’hui l’une des meilleures défenses du championnat avec 25 buts encaissés. J’imagine que c’est une fierté ? F.L : Bien sûr, mais quand on parle de défense, il faut parler de toute l’équipe. À l’entraînement, quand on travaille l’aspect tactique, ça commence dès les attaquants. Le pressing énorme qu’ils fournissent nous met aussi en valeur derrière. Dès que le pressing est un peu moins efficace, on le ressent tout de suite. Donc franchement, c’est tout le collectif qui est solide défensivement. On s’appuie sur des principes et des valeurs qui sont les mêmes depuis quatre ans. On se connaît, on sait ce qu’on a à faire, et ça rend les choses plus simples sur le terrain.

Revenons sur le match à Laval : 100e match en Ligue 2 et un doublé… Toutes les planètes semblaient alignées pour toi ! Ce n’est pas si fréquent pour un défenseur de marquer deux fois. Raconte-nous cette soirée particulière. F.L : Thomas Chastel m’avait prévenu deux ou trois jours avant le match. Je savais que cette barre des 100 arriverait dans la saison, mais je ne calculais pas trop. C’est symbolique, donc forcément j’étais content, mais je n’y pensais pas plus que ça. Sur le premier but, le ballon m’arrive sur la tête, je suis au bon endroit au bon moment. Il y a une part de réussite. Le deuxième, je coupe au premier poteau. C’est un principe qu’on travaille beaucoup ici, même si c’est souvent demandé aux attaquants. Là, je me suis dit : “Vas-y, c’est à moi d’y aller”, j’étais dans la zone. Ça faisait très longtemps que je n’avais pas marqué un doublé. (Le dernier remonte au 17 mars 2018 contre Boulogne-Billancourt avec Limoges.) J’avais 21 ans… ça commence à dater (rires). Le seul point noir, c’est le résultat. Comme je l’ai dit après le match, si je pouvais échanger mon doublé contre les trois points, je le ferais tous les jours. Même si on a pris les trois points lors du match suivant, ce point-là, comme celui de Grenoble, comptera en fin de saison. C’était aussi la première fois qu’on revenait au score après avoir été menés, donc il y a du positif. Le 2-2 laisse un peu de frustration, mais si on nous avait dit à la mi-temps qu’on repartirait avec un point, peut-être qu’on aurait signé aussi.

Parlons du match face à Marseille. On a aussi vu tes qualités techniques avec cette remontée de balle et ce petit dribble sur Veretout. Ce sont des gestes que tu travailles spécifiquement ou est-ce quelque chose d’assez instinctif chez toi ? F.L : Je ne le travaille pas spécialement. Ce sont des gestes que je suis capable de faire, surtout parce que j’ai longtemps joué au milieu de terrain avant d’être repositionné en défense. Je me rappelle de l’action : j’intercepte une passe, je crochète et je sers Moïse, qui fait ensuite les trois quarts du travail. Ce n’est pas quelque chose que je fais souvent aujourd’hui, c’est plus instinctif. En tant que défenseur, on n’a pas toujours l’espace pour tenter ça, mais là j’en avais, donc j’y suis allé. Ça reste un beau souvenir.

Tu es désormais l’un des joueurs les plus anciens du groupe, aux côtés de Kashi et Escales, avec 106 matchs sous le maillot annécien. Si tu devais retenir un moment fort de ton passage à Annecy, lequel choisirais-tu ? F.L : Le match contre Marseille, forcément. Même si on n’a pas pu trop en profiter parce qu’on rejouait trois jours après, c’était incroyable. Ensuite, l’enchaînement de victoires lors de la première saison contre Bordeaux et Le Havre reste un moment très fort. On était en difficulté en championnat, donc gagner ces deux matchs, quasiment synonymes de maintien, c’était énorme. Et sur la durée, je dirais aussi la remontée d’il y a deux ans, quand on enchaîne cinq victoires. Le niveau qu’on avait atteint sur cette fin de saison était impressionnant.

Et mine de rien, depuis cette série, la cadence n’a pas vraiment baissé. La progression est constante au fil des mois et des années.F.L : C’est comme s’il y avait eu un déclic au sein du club. On a compris qu’on était capables de battre n’importe qui. Ça a enclenché une vraie dynamique pour la suite, que ce soit la saison dernière ou l’actuelle. Même en commençant par dix matchs à l’extérieur cette saison, on n’a pas baissé de régime. Depuis presque deux ans, on est sur une dynamique positive, et ça montre que le club a franchi un cap.

Tu en as parlé plus tôt, mais revenons sur ton premier match en professionnel, le 15 mai 2015 face à Arles-Avignon. Que gardes-tu en mémoire de cette première en Ligue 2 ? F.L : De très bons souvenirs, même si c’était une défaite (4-1). J’avais déjà été dans le groupe auparavant sans entrer en jeu. Le matin du match, le coach m’a prévenu. Je ne m’entraînais même pas régulièrement avec les pros à ce moment-là, il y avait sans doute un blessé ou un imprévu. Je ne m’attendais pas à jouer, et finalement je suis entré à la mi-temps. On était réduits à dix, donc le contexte n’était pas simple, mais individuellement, ça s’est très bien passé. J’avais fait un bon match et ça reste un moment marquant pour moi.

On sait que tu es un grand fan de basket. Pratiques-tu aussi ce sport ? As-tu déjà hésité entre le ballon rond et le ballon orange ? F.L : Mon père a joué, donc j’ai grandi dans cet univers. Il est allé jusqu’en Espoirs à Boulazac. Mon frère en a fait aussi, mais moi j’ai toujours joué au foot. Je suis énormément la NBA. C’est même l’un des premiers trucs que je fais le matin en me levant de regarder les résultats de la nuit, voir qui a marqué, les stats... Je supporte les Lakers et je suis un grand fan de LeBron James depuis tout petit. Quand j’ai commencé à m’intéresser au basket, c’était la star montante. Ce serait un rêve de le voir jouer en vrai. J’aimerais aller aux États-Unis cette année ou l’année prochaine avant qu’il ne mette fin à sa carrière. Quand je peux, je vais voir des matchs. J’ai vu l’équipe de France, et quand j’étais à Orléans, j’allais voir l’OLB en Pro B ou Limoges. L’été, je joue un peu avec mes potes et mon frère.

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