Après avoir fait ses preuves en Ligue 2, Valentin revient au FC Annecy, le club qui l’avait relancé en 2016. Dans cette interview, il raconte son parcours, son attachement au club et ses ambitions pour cette nouvelle étape de sa carrière.
Valentin, quand, où et pourquoi as-tu commencé le football ? V.J : « J’ai commencé le football à 4 ans à Paris, à l’ESC du XVe. Je viens du 15e arrondissement de Paris. Mon père était entraîneur là-bas à l’époque et mon grand frère, qui a un an de plus que moi, a commencé en même temps. Nous étions tous les deux au club. Mon père a joué à Boulogne jusqu’en U19, mais il a dû arrêter lorsqu’il est entré dans la police, qui lui a demandé de choisir entre le football et le travail. »
Tout d’abord, sur le plan individuel, comment vas-tu ? Entre tes dernières minutes avec l’AC Ajaccio, justement contre Annecy le 25 avril, et ton entrée en jeu le 3 janvier, il s’est écoulé pas mal de temps. Comment as-tu vécu cette période ? V.J : « J’ai joué une vingtaine de minutes lors de ce match et, pour différentes raisons, je n’ai ensuite plus joué. Le contexte du club faisait aussi qu’il fallait donner du temps de jeu à des jeunes pour espérer les vendre et renflouer les caisses. J’ai ensuite participé au stage UNFP. J’avais un peu d’appréhension au début et je me suis inscrit très tard, car je pensais d’abord m’entraîner seul. Puis Stephen Quemper (ancien coéquipier à l’ACA, aujourd’hui joueur à Créteil en N2), qui était inscrit, m’a dit : « Viens, au moins tu suivras un vrai entraînement avec un planning comme en club. » Par chance, il y a eu une désinscription qui m’a permis d’arriver dès le premier jour. Après ces six semaines, je me suis dit que j’avais vraiment bien fait d’y aller, sinon je n’aurais peut-être pas réussi à m’entraîner seul. Ce stage, je le conseille à tous les joueurs, peu importe le niveau. C’est une expérience particulière mais très enrichissante, qui permet de suivre une vraie préparation comme en club. On joue beaucoup de matchs, il y a beaucoup de visibilité, et les clubs qui recherchent un joueur libre regardent souvent en priorité la liste UNFP, car ils savent que les joueurs évoluent dans un cadre professionnel. »
Tu as grandi en région parisienne et tu es passé par de nombreux clubs durant ta formation, y compris en Espagne. Peux-tu nous parler de ces différentes expériences et de ce qu’elles t’ont apporté ? V.J : « J’ai d’abord grandi à Paris, puis mes parents se sont séparés et j’ai suivi ma maman lorsqu’elle a déménagé à Toulouse. À ce moment-là, je n’ai plus joué au football pendant un an. Mes voisins jouaient au Toulouse Athletic Club, ce qui m’a donné envie de reprendre. Tout se passait très bien, puis l’année suivante, j’ai intégré l’école de football de Muret, où j’ai effectué ma 6e et ma 5e. En parallèle, j’évoluais avec l’AS Muret, qui disposait d’une équipe U14 fédérale. À la fin de mon année en benjamins, j’avais deux choix : soit intégrer le centre de formation de l’AS Saint-Étienne, soit déménager en Espagne avec ma maman, qui rejoignait sa famille. Nous avons finalement choisi de partir en Espagne, à Dénia, où j’ai effectué ma première année sur grand terrain. Nous y sommes restés deux ans, mais à cause d’un problème administratif lié aux papiers d’identité de ma famille, nous avons dû rentrer en France pour régler la situation. Finalement, nous nous sommes installés à Saint-Raphaël, où j’ai évolué en U15 DH, avant d’intégrer la fusion du club Fréjus Saint-Raphaël en U17. Par la suite, Julien Fernandez (ancien directeur sportif de Sedan et aujourd’hui responsable du recrutement à l’Entente Feignies-Aulnoye) m’a permis de faire un essai à Sedan. L’essai s’est bien passé et j’ai signé au club en U19. C’était la première année où je partais vivre seul, loin de chez moi, et cela ne m’a pas dérangé. Lors de ma première saison, j’évoluais principalement avec l’équipe réserve. Nous avons ensuite réalisé une très bonne deuxième saison, au cours de laquelle j’ai intégré les entraînements du groupe professionnel. »
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À Sedan, tu as travaillé avec Laurent Guyot, qui t’a permis de t’entraîner avec le groupe professionnel. Peux-tu nous raconter votre relation et ce que cette période t’a apporté ? V.J : « Ce n’est pas Laurent Guyot qui m’a réellement lancé, puisque je n’ai pas joué en pro. Mais je pense que, dans un contexte différent, si le club n’avait pas été en lutte pour sa survie, il aurait peut-être fait ce choix. Il me prenait très souvent à l’entraînement, donc quelque part, oui, il m’a formé et préparé au monde professionnel. Aujourd’hui, il compte encore plus qu’avant, car c’est lui qui a validé mon retour ici, et ça, c’est très important pour moi. S’il avait dit non, je serais peut-être reparti dans une situation compliquée. À l’entraînement, il n’était pas du genre à s’acharner sur les jeunes, il nous laissait exprimer ce que l’on savait faire afin de prendre confiance. Il avait une équipe très jeune. La Ligue 2 à l’époque pressait beaucoup moins qu’aujourd’hui, même s’il y avait déjà un travail de pressing dans certaines zones. »
Tu as également atteint la finale de la Coupe Gambardella en 2012-2013. Nos U18 reçoivent l’Olympique Lyonnais ce week-end en 1/32e de finale, ce sont des moments rares dans une carrière. Quels conseils aimerais-tu leur transmettre avant cette rencontre ? V.J : « Ne calculez pas l’adversaire. Jouez votre jeu, pas à 100 %, mais à 2000 %, sinon ça ne passera pas. De notre côté, on avait affronté le PSG de Kingsley Coman. On partait clairement perdants, mais on a gagné aux tirs au but. On a aussi battu le TFC et, en finale, on a perdu contre Bordeaux, qui était peut-être l’équipe la moins forte sur le papier parmi celles que nous avions affrontées, mais sûrement celle qui était à 2000 % ce jour-là, et pas nous. La Gambardella, c’est avant tout du plaisir. Ce sont des moments uniques dans une carrière, il faut en profiter à fond. »
Après une première saison en National 2 à Auxerre, tu rejoins pour la première fois le FC Annecy à l’été 2016, toujours dans la même division. Quelles différences observes-tu entre le club lors de ton premier passage et celui que tu connais aujourd’hui ? V.J : « Le FC Annecy est toujours un club familial, mais aujourd’hui beaucoup plus professionnel. On le ressent encore dans l’état d’esprit, même si la rigueur est désormais indispensable et que tout le monde est pleinement investi. Mis à part le coach et son staff, toutes les personnes au-dessus, ainsi que les premiers gros partenaires, sont restés les mêmes. Il y a une vraie ligne de conduite et le club s’y tient. En 2016, on venait tout juste de récupérer le terrain de l’ETG. Les vestiaires actuels n’existaient pas : nous utilisions ceux des équipes extérieures. Le terrain, je n’en parle même pas (rires), on avait encore les bancs d’Évian. Il n’y avait pas de deuxième terrain synthétique et le terrain d’entraînement n’existait pas non plus. »
Qu’est-ce qui te plaît le plus ici, aussi bien sur le plan sportif qu’humain ? V.J : « J’adore le groupe, parce que personne ne se cache. Quand ça ne va pas, on se le dit et je préfère largement ça. À l’inverse, quand ça va, on se le dit aussi. Par exemple, Kashi m’a pris à part en vidéo pour me demander si j’avais bien compris ce qu’on attendait de moi. J’ai répondu oui, il m’a dit que non et m’a expliqué. Pareil avec Antoine. Ceux qui connaissent le système depuis plus longtemps prennent le temps de t’expliquer, et c’est vraiment ce que j’apprécie. Dans certains groupes, personne n’ose se dire les choses. Ici, la concurrence est saine. »
Quelles attaches as-tu avec le club ? V.J : « C’est un club qui m’a relancé en 2016, donc le fait qu’il me rouvre aujourd’hui ses portes a beaucoup compté. Je voulais vraiment revenir à Annecy. J’avais quelques contacts en attente, mais ma priorité, c’était le FCA. Déjà parce que la famille de ma femme est d’ici, et que pour mon enfant, c’est important aussi. Mais surtout pour rendre au club ce qu’il m’avait donné en 2016, en me récupérant alors que j’étais à Auxerre. C’était le projet qui me correspondait le mieux à ce moment-là. Je leur ai donné deux ans, et eux m’ont rendu la pareille en me laissant repartir vers le monde professionnel, alors qu’ils auraient pu me dire non puisqu’il me restait une année de contrat. Aujourd’hui, ils m’ont de nouveau fait confiance en me laissant revenir. J’ai six mois pour leur rendre ce qu’ils me donnent. J’avais vraiment ce sentiment que, si je revenais ici, il fallait que j’apporte ce petit plus. »
Tu restes deux saisons à Annecy, dont une deuxième particulièrement aboutie avec 16 buts et 4 passes décisives en 29 matchs. Est-ce que cette saison a marqué un véritable tournant, voire une saison de révélation, dans ta carrière ? V.J : « En tout cas, c’est celle qui m’a permis de retrouver le monde professionnel. On avait un groupe qui faisait que c’était plus facile de marquer. Quand tu joues avec Olivier Sorlin, Nassim Akrour ou encore Cédric Barbosa, c’est forcément plus simple de jouer au football, surtout en National 2. Mais oui, clairement, cette saison a été un tremplin et elle a marqué un vrai tournant dans ma carrière. »
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Par la suite, tu signes à Niort en Ligue 2, un championnat que tu n’as plus quitté depuis, avec 176 matchs disputés au total sous les couleurs de Niort, Dijon et Ajaccio. Une solide expérience à ce niveau : que peux-tu nous dire sur l’évolution de la Ligue 2 entre ton arrivée et aujourd’hui ? V.J : « Déjà, le championnat a beaucoup changé. Aujourd’hui, il est bien plus axé sur la course, le pressing et la profondeur. Quand je suis arrivé en Ligue 2, c’était davantage un championnat de jeu. À Niort, par exemple, on arrivait quasiment tous de National et on avait une très belle équipe de joueurs de football. Lors de ma première saison, on réalise une excellente première partie de championnat en étant troisièmes, aux côtés de Lorient, Metz ou Troyes, je ne sais plus exactement. À l’époque, à Niort, on n’avait pas de GPS et les statistiques physiques étaient très limitées. Si on gagnait 3-0 en courant 10 kilomètres de moins que l’adversaire, on s’en contentait. Aujourd’hui, ce serait perçu comme un problème, car on attend des joueurs qu’ils courent davantage et qu’ils pressent plus. À Dijon par exemple, les GPS étaient utilisés à chaque entraînement et à chaque match. Plus les années passaient, plus les données physiques prenaient de l’importance dans le football de haut niveau. »
L’été dernier, à la fin de ton contrat avec l’AC Ajaccio, comment se sont déroulés les premiers contacts avec le club pour te permettre de t’entraîner ici, à Annecy ? V.J : « Tout s’est fait à la fin du stage UNFP. J’ai appelé Charaf Boudiba, que je connais depuis Sedan, puisque je jouais avec son petit frère. Je lui ai demandé s’il était possible de m’entraîner avec le groupe. La réponse a été immédiatement positive, mais il m’a tout de suite prévenu : il fallait courir. Je savais très bien dans quoi je m’engageais. Je connaissais un peu le fonctionnement du coach. Je suis arrivé avec quelques kilos en trop, mais tout le staff m’a accueilli comme si j’étais déjà un joueur du groupe. Stan Krug n’était pas obligé de me proposer un programme personnalisé dès mon arrivée, mais il l’a fait. Le coach et Matthieu Chalmé ont pris le temps de me remettre sur le terrain et de m’expliquer les choses. Tout le staff m’a vraiment pris sous son aile, ce qui me donne encore plus envie de tout donner. J’ai perdu ces quelques kilos en trois semaines. Derrière, je me suis dit que si je ne faisais pas les choses à fond, je ne serais pas en train de mettre tout ça en place aujourd’hui. Le staff a investi du temps pour moi, sur leur temps de travail, et je me sentais redevable. »
Le coach l’a expliqué en conférence de presse après le match à Reims : au départ, il misait sur d’autres profils. Comment as-tu réussi à inverser la tendance ? V.J : « Je savais qu’il avait des attentes : courir, sprinter, m’adapter aux systèmes défensifs. J’avais des choses à lui prouver pour qu’il me valide, enfin je pense. Finalement, j’ai peut-être changé l’avis du coach, et ça, c’est une vraie fierté. »
Tu es avec l’équipe depuis le début de saison : comment juges-tu cette première partie de championnat ? Quels sont, selon toi, les axes d’amélioration ? V.J : « C’est une équipe solide, difficile à manier, mais il nous manque de marquer plus de buts que nos adversaires. Nous devons être meilleurs offensivement. Il reste six mois pour changer ça ! (sourire) »
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En dehors du football, comment occupes-tu ton temps libre ? As-tu des passions ou des activités qui te permettent de t’évader du quotidien de footballeur ? V.J : « Je joue beaucoup à Call of Duty avec Flo Escales et Antoine Larose, je suis un vrai joueur de “play”. Dès que je récupère mon fils à l’école, j’essaie de passer un maximum de temps avec lui. J’adore les LEGO et j’ai une très grosse collection que je complète petit à petit. À Noël, j’ai eu le Choixpeau magique d’Harry Potter, et de cette collection, il ne me manque que la banque des sorciers de Gringotts. »
Quels sont vos objectifs pour cette fin de saison ? V.J : « Individuellement, je veux jouer un maximum de matches, tout ce qu’on me donne, je le prends. Mon objectif personnel est de faire au moins mieux que sur la première partie de saison. Et je suis sûr que tout le monde partage ce même objectif. »
Et enfin, pourquoi le numéro 7 ? V.J : « Parce que je l’avais déjà ici lors de mon premier passage. Mon fils est né le 7 aussi, et parce que le 10 n’était pas disponible. »